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Patrick Balkany, la chute de l’élu flamboyant

Publié le 12.02.2020 à 19h50 par AFP

Jusqu’à son incarcération en septembre, il était le tout-puissant maire de Levallois-Perret, surnommé « le baron des Hauts-de-Seine ». Après cinq mois de détention, Patrick Balkany sort de prison considérablement affaibli et a fait une croix sur son destin politique.

Début décembre, du fond de sa cellule de la Santé, l’édile de 71 ans faisait part de son souhait de se représenter pour un sixième mandat à la tête de Levallois, commune cossue de l’ouest parisien.

Une volonté inébranlable malgré deux condamnations: à quatre ans de prison pour fraude fiscale, puis à cinq ans pour blanchiment aggravé avec à chaque fois un mandat de dépôt.

Patrick Balkany avait prévenu. Il utiliserait jusqu’au bout tous les recours possibles en justice. Car, disait-il, « quand un homme politique s’arrête, il meurt ».

Mais tout cela, c’était avant ses deux procès en appel, lors desquels le parquet général a requis des sanctions légèrement inférieures mais demandé l’exécution provisoire d’une infamante peine complémentaire de dix ans d’inéligibilité.

Avant également son hospitalisation le 12 décembre, pour plusieurs semaines, pour des douleurs dans le dos et un « infarctus digestif » comme l’a révélé sa femme Isabelle Balkany.

Non sans accuser la justice de « confisquer le suffrage universel », le couple jette l’éponge et renonce à se représenter en mars. Et c’est un homme qui a « déjà un genoux à terre », selon son avocat, que la justice a libéré pour raisons médicales mercredi.

Quittant la prison, il salue de la main, très amaigri, et d’un faible sourire la foule de caméras.

Loin de l’image du tribun pugnace qu’il renvoyait lors de ses deux premiers procès au printemps 2019, alternant coups de sang et bons mots au public, fidèle au style bravache de ses quatre décennies de vie politique.

– Dernier conseil municipal –

Elu pour la première fois en 1983 à Levallois, Patrick Balkany est indissociable de sa femme, Isabelle, avec qui il est marié depuis 1976. En 31 ans de mandat, elle a toujours été sa première adjointe et l’a remplacé dans le rôle de maire pendant qu’il était en prison.

Ensemble, ils ont fait de Levallois, l’ancienne banlieue rouge tenue par les communistes, une commune résidentielle aisée où les friches industrielles ont laissé la place aux résidences de standing.

Ce fils d’immigré hongrois survivant d’Auschwitz et ayant fait fortune dans le textile, a régné en maître sur Levallois grâce à une offre de service hauts-de-gamme (crèches, conservatoire, piscine avec sauna et jacuzzi), dispensant généreusement cadeaux et voyages aux seniors et aux enfants.

Une politique plébiscitée par certains et dénoncée par d’autres, qui critiquent endettement et clientélisme. Ses opposants ont souvent brocardé les méthodes peu démocratiques d’un maire qui n’hésitait pas à couper le micro de ses opposants pendant le conseil municipal.

Patrick Balkany, très proche de l’ancien président Nicolas Sarkozy, a toujours véhiculé l’image d’un élu haut-en-couleur, sulfureux et ami des stars comme Johnny Hallyday ou encore Michou, récemment décédé. Avant de se lancer dans la politique, il a d’ailleurs brièvement tenté d’embrasser une carrière d’acteur.

Patrick Balkany a également été député (1988-1997 et 2002-2017) mais a été contraint de mettre sa carrière politique entre parenthèse en 1996. Il est à l’époque condamné avec sa femme à 15 mois de prison avec sursis, 30.000 euros d’amende et deux ans d’inéligibilité pour avoir affecté trois employés de mairie à l’entretien de leurs domiciles de Levallois et Giverny (Eure).

Il sera réélu à la mairie en 2001, après s’être exilé pendant quelques années dans les Caraïbes, notamment à Saint-Martin, où il a dirigé une radio.

Après cinq mois de détention, l’ancien édile est sorti de prison à la veille du dernier conseil municipal de Levallois-Perret avant les élections. Il y a peu de chance de l’y apercevoir: « J’irai au conseil municipal et Patrick se reposera », a tranché son épouse Isabelle.