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Pape Diouf : le destin singulier d’un homme de principe

La mort à l’âge de 68 ans du Sénégalais Pape Diouf, figure majeure du milieu dirigeant du football français des suites du coronavirus, a provoqué un séisme en Afrique et en France.Une photo a fait, en quelques heures, le tour de la toile. C’est celle de Manu Dibango et Pape Diouf, marchant ensemble tout sourire dans la rue et vêtus comme de simples gens. Lors de cette randonnée, les deux figures africaines étaient loin d’imaginer qu’elles allaient être emportées par la même maladie et à une semaine d’intervalle. Le monde, qui n’a pas fini de pleurer le célèbre saxophoniste camerounais, vient de perdre le premier président noir d’un club européen d’envergure.

« Notre Pape est mort », se désole le quotidien français L’Equipe au même titre que la presse sénégalaise, encore sous le choc.

« Le moment est difficile pour moi comme pour tous ceux qui ont connu, aimé et fréquenté Pape Diouf. Mais il me faut témoigner et prier pour lui. Pape était un homme d’une grande chaleur, d’une grande disponibilité et d’une grande générosité », écrit dans Sud Quotidien, son ami Mamadou Koumé, ancien président de l’Association Nationale de la Presse Sportive (ANPS) vers qui tous les esprits se sont tournés au Sénégal à l’annonce de la disparition de celui qui est arrivé à Marseille à 18 ans.

Coursier, journaliste puis agent de joueurs comme Basile Boli, Joseph-Antoine Bell, Marcel Desailly, Bernard Lama, Sylvain Armand, William Gallas, Grégory Coupet, Laurent Robert ou encore Didier Drogba, mais aussi Samir Nasri qu’il a pris sous son aile à l’âge de 13 ans.

Pape Diouf gravit les échelons jusqu’à arriver en 2005 à la tête de l’Olympique de Marseille, le club le plus populaire de France. Malgré la forte pression, il parvient à remettre, cette institution en perte de vitesse, sur les rails du succès autant financier que sportif. Pape gagne aussitôt le cœur du bouillant Vélodrome, le mythique stade de l’équipe phocéenne. « Si les relations avec les supporters ont toujours été nickel, c’est parce qu’elles étaient très nettes. (…) J’étais Marseillais, comme eux ! », expliquait-il à So Foot.

Hommage unanime

Plusieurs médias comme l’Agence France Presse (AFP) se rappellent de son éternelle moustache, son large sourire, ses costumes et ses cravates assorties, ainsi que sa voix posée maniant l’emphase et l’ironie, surtout pour pourfendre ses principaux rivaux qu’étaient le Paris Saint-Germain ou l’Olympique Lyonnais de Jean-Michel Aulas. Ses détracteurs au sein de l’OM aussi qui ont, malgré tout, fini par avoir raison de lui en 2009 après être resté quatre ans à La Commanderie, le quartier général du club centenaire.

Plusieurs acteurs majeurs du football mondial, notamment ses anciens adversaires, lui ont rendu hommage sur les réseaux sociaux. Le prodige parisien Kylian Mbappé, par exemple, s’est fendu d’une note rappelant qu’il n’y a « plus aucune place pour la rivalité ». L’intrépide président lyonnais Jean-Michel Aulas a, pour sa part, salué la mémoire d’un ex-homologue qui « a été un grand président, très performant, respectable et respecté ».

Il fut « un homme de convictions, un homme d’esprit, passionné par le football et ses acteurs », témoigne le sélectionneur de l’équipe de France, Didier Deschamps que Pape Diouf avait recruté comme entraîneur des Phocéens.

« Pape aidait et soulageait dans la plus grande discrétion. Il était un assistant social au vrai sens du mot », ajoute M. Koumé qui a dirigé également Le  Sportif, un hebdomadaire que le disparu avait lancé à Dakar en septembre 1991.

Prénommé Mababa à l’état civil, Pape était attaché à sa ville française d’adoption. Surfant sur sa popularité à Marseille, il s’était même présenté sans succès aux Municipales de 2014. Malgré sa notoriété, ce rhéteur hors-norme n’a jamais renié ses racines africaines : « Pape était profondément nationaliste. Tout ce qui concernait le Sénégal le touchait », soutient Mamadou Koumé.

Le Sénégal au cœur

Pape Diouf vivait une partie de l’année dans son pays d’origine. Ses séjours « étaient une occasion de se mettre à niveau et de mieux cerner les réalités de notre pays à travers nos échanges. Les services rendus au football sénégalais sont également une preuve de son attachement à son pays », poursuit M. Koumé, avant de confier à l’Agence de Presse Sénégalaise (APS) dont il fut le Directeur, que son défunt ami avait été consulté par le président Abdoulaye Wade (2000-2012) pour le poste de ministre des Sports, mais il a décliné cette proposition « en prétextant qu’il y avait des Sénégalais mieux outillés et plus qualifiés pour ce travail ».

Pape Diouf voulait servir autrement le Sénégal. C’est ainsi qu’il « a facilité de manière désintéressée » l’arrivée dans la tanière des coachs Claude Le Roy, Bruno Metsu et Guy Stéphan, a-t-il précisé.

Selon le correspondant d’APA à N’Djaména (Tchad), les citoyens de son pays natal, où son père militaire était en poste, ont également salué sa mémoire. « Je ne suis jamais retourné à Abéché (où il est né), cette ville du massif du Ouaddaï qui se situait sur le trajet des caravanes », regrettait-il lors d’un séjour en 2013 dans la capitale tchadienne pour une conférence sur la malaria.

Ironie du sort, il décède d’une pathologie que certains Africains prennent encore pour le paludisme.

Hospitalisé depuis samedi au service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Fann de Dakar, Pape Diouf a été placé sous assistance respiratoire et dans un coma artificiel. Sa famille a essayé d’organiser son évacuation express en France pour y poursuivre les soins. Il a finalement poussé son dernier souffle au Sénégal. Cette icône est devenue, hier mardi, la première victime du Covid-19 au Sénégal. À en croire un internaute sur Facebook, c’est sans doute « un dernier gage de patriotisme ».