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Analyse budgétaire du secteur de l’éducation: Nécessité d’améliorer l’allocation des ressources

Chaque être humain a droit à l’éducation qui contribue au développement social, culturel, démocratique et économique. Outre ses nombreuses retombées sociales, l’éducation offre des avantages économiques durables et un retour sur investissement net considérable pour la société. Elle favorise l’épanouissement personnel des individus, notamment leur développement intellectuel, social et physique. L’éducation encourage les individus à devenir des citoyen(ne)s actifs/ives et contribue au bien-être de nos sociétés. Loin d’être une dépense, l’éducation est un investissement nécessaire pour apporter des solutions aux crises actuelles.

L’investissement dans l’éducation des enfants est un investissement productif à moyen et long termes en ce sens qu’elle permet à l’enfant de se doter des compétences et des outils nécessaires pour mieux subvenir à ses besoins une fois adulte, et à ceux de ses enfants.
Par ailleurs, elle contribue à améliorer les conditions et les performances de travail et constitue le terreau d’une croissance économique durable et viable pour aujourd’hui et pour demain. Aussi, permet-elle d’accroître les revenus, d’améliorer la santé, de promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes et d’atténuer les effets du changement climatique. Elle joue un rôle crucial dans la lutte contre la pauvreté et les inégalités.
L’éducation est donc capitale pour la vie humaine. Elle représente, en effet, le meilleur investissement qu’un pays puisse faire pour sa population et son avenir.
Le Bénin, à l’instar de tous les pays s’investit dans l’éducation pour son développement et l’amélioration des conditions de vie de sa population.

Les défis…

De 2006 à 2015, le système éducatif béninois a connu la mise en œuvre d’un Plan Décennal de Développement du Secteur de l’Education (Pddse 2006-2015) dont l’évaluation a révélé aussi bien de progrès que de nouveaux défis. L’expansion de l’école maternelle et l’introduction de la gratuité avec des campagnes de sensibilisation ont conduit à une croissance rapide des effectifs dans le sous-secteur de l’enseignement primaire. L’enseignement secondaire s’est développé sous la pression d’une demande croissante avec une amélioration progressive de la scolarisation. Mais, les résultats aux différents examens confirment qu’un pourcentage élevé d’enfants n’acquièrent pas les connaissances requises pour le niveau d’étude qu’ils s’apprêtent à achever. Les stratégies mises en œuvre jusque-là ont donc contribué à améliorer l’accès mais la qualité des enseignements demeure un défi à relever.
Par ailleurs, la déperdition scolaire a favorisé le phénomène d’enfants hors de l’école. Sur une population de 3 297 553 (Emicov, 2015) d’enfants âgés de 5 à 17 ans, il est estimé 1 013 270, soit 30,7 % hors de l’école. Il y a donc nécessité d’une opérationnalisation accrue des cours accélérés afin de réduire, les années à venir, le nombre d’enfants hors de l’école. Aussi, le sous-secteur de l’alphabétisation ne connaît-il pas encore l’essor requis pour le développement collectif et individuel des citoyens.
Dans le cadre de l’amélioration des offres éducatives et en lien avec les orientations du Programme d’action du gouvernement, le système éducatif s’est doté d’un nouveau plan, le Plan sectoriel de l’éducation post 2015 (Pse 2018-2030), gage d’un engagement national à rénover les performances du secteur. La mise en œuvre des stratégies élaborées dans ce plan requiert des dotations budgétaires adéquates au secteur. Mais dans quelle mesure les budgets du secteur sont crédibles par rapport aux objectifs pour quel niveau de performance atteint dans les dépenses ?

Evolution des allocations au secteur de l’éducation

Pour l’année 2019, le budget voté pour le secteur de l’éducation (maternel, primaire, secondaire et supérieur) se chiffre à 250,03 milliards F Cfa, contre 269,23 milliards F Cfa en 2018 dans un contexte de baisse du Budget général. Ce budget connaît ainsi une baisse de 19.1 milliards F Cfa par rapport à 2018, soit un taux de décroissance de 7,1 % contre une baisse de 2,7 % du Budget général. De 2015 à 2018, les budgets alloués à l’éducation ont suivi une tendance haussière. En 2018, le secteur de l’éducation a bénéficié d’un accroissement de 3,2% de son allocation par rapport à 2017 (8,7 milliards F Cfa de plus par rapport au budget 2017), alors que le budget général diminuait de 270,37 milliards F Cfa.
Une relative priorité est accordée aux dépenses du secteur éducatif. En pourcentage du Budget général, les trois ministères de l’éducation reçoivent globalement 19,8 % en 2019 (soit 18,2 % des dépenses totales), contre 20,7% en 2018, dans la logique de respecter ainsi les engagements pris lors de la Déclaration d’Incheon de consacrer à l’Education au moins 15 à 20% des dépenses totales publiques.
L’effort de priorisation des ressources de l’éducation reste important mais en baisse. La part du budget général allouée au secteur de l’éducation est passée de 20,7 % en 2018 à 19,7 %
en 2019. Les dépenses affectées au secteur sont en-dessous des prévisions financières faites dans le Plan sectoriel de l’éducation (Pse) post 2015. Il est donc nécessaire d’améliorer l’allocation des ressources à ce secteur en vue d’atteindre des résultats du Pse.
L’allocation intra-sectorielle opérée en 2019 alloue 45,6 %
du budget total du secteur de l’éducation au Memp, 30 % au Mesrs et 24,4 % au Mestfp. Par rapport à 2018, la part du Memp a connu une augmentation de plus de 6 points de pourcentage. Sur la période 2015-2019, elle a évolué en dents de scie variant entre 39 %
atteints en 2018 et 48 % en 2015, tout en restant supérieure à celles des autres ministères de l’éducation.
Aussi, faut-il noter que la part d’au moins 45 % du budget du secteur attribuée au Memp établit le respect des recommandations du Programme mondial pour l’éducation en matière de répartition intra-sectorielle.

La crédibilité budgétaire et l’exécution des dépenses…

Le Plan Sectoriel de l’Education post 2015 a fait des estimations de dépenses selon les objectifs à atteindre dans le temps qui ne sont souvent pas prises en compte dans les programmations des dépenses. Suivant les simulations financières faites, pour chaque sous-secteur, il existe un écart non négligeable entre les dépenses planifiées dans le Plan Sectoriel de l’Education et les dépenses prévues dans le budget.
Ainsi, pour les années 2015, 2017 et 2018, les écarts (entre dépenses prévisionnelles et dépenses réelles) sont évalués respectivement à 32,3, 42,5 et 42,7 milliards de F Cfa.
Les prévisions de dépenses en capital de l’éducation d’un montant de 28, 83 milliards F Cfa en 2015, 16, 79 milliards F Cfa en 2016, 63, 97 milliards F Cfa en 2017 et 50 milliards F Cfa en 2018 ont été exécutées respectivement à 57 %, 52 %, 43 % et 40 %. Par contre, les taux d’exécution des dépenses ordinaires quoiqu’en baisse de 2015 à 2017 sont plus élevés que ceux des dépenses en capital.
En effet, les taux d’exécution base ordonnancement de ces dépenses sont de 91 % en 2015, 87 % en 2016 et 79 % en 2017.

Plaidoyer pour l’effectivité d’une éducation de qualité pour tous
Le budget 2020 doit allouer des ressources conséquentes à l’éducation alternative, du fait de la persistance de la déperdition scolaire, (30,7 % des enfants de 5 à 17 ans est hors de l’école), les alternatives éducatives notamment les Programmes de cours accélérés développées par des Partenaires techniques méritent d’être renforcés par un financement intérieur pour permettre d’assurer à tous les enfants une éducation équitable (Odd4).  
Améliorer les allocations dans le budget 2020  pour la mise en œuvre du programme «Alphabétisation et promotion des langues nationales». Suivant les simulations financières faites dans le Pse, l’alphabétisation a reçu presque le quart des ressources planifiées selon le niveau des objectifs à atteindre en 2019.
Stabiliser et accroître à partir du budget 2020, la part des ressources allouées à la qualité des enseignements au sein des différents ordres d’enseignement  et faire de la qualité des enseignements la première priorité sur les prochaines années.

Téléchargez l’intégralité de la note d’analyse  budgétaire sur :        

https://bit.ly/2mdUKy1
       https://socialwatch.bj/

Source : Social Watch