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Shoah : le président israélien en Allemagne en plein regain d’antisémitisme

Publié le 29.01.2020 à 04h50 par AFP

Le président israélien Reuven Rivlin commémore mercredi à Berlin, devant les députés allemands, la libération il y a 75 ans du camp nazi d’Auschwitz dans une Allemagne où resurgit l’antisémitisme et où les Juifs sont tentés par le départ.

Après les cérémonies de Yad Vashem puis sur le site de l’ancien camp d’Auschwitz-Birkenau, réunissant de nombreux dirigeants, le discours du 10e président de l’Etat d’Israël devant le Bundestag vers 10H00 GMT doit constituer un moment fort de cet anniversaire.

Il sera seulement le deuxième chef de l’Etat hébreu, après Shimon Peres en 2010, à le faire.

Mais cette fois-ci le président israélien s’exprimera devant des élus, qui comptent dans leurs rangs 89 membres députés du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD). Un mouvement qui a fait irruption ces dernières années dans le paysage politique et dont plusieurs dirigeants militent pour la fin de la culture de la repentance allemande des crimes du IIIème Reich.

– « Influence très négative » –

A la veille de ce discours, M. Rivlin a participé mardi avec son homologue allemand, Frank-Walter Steinmeier, à une rencontre avec des lycéens de terminale de l’école secondaire privée juive Moses Mendelsohn, à Berlin.

Il y a défini l’enjeu de la célébration de cet anniversaire.

« Nous avons les 4ème, 5ème et 6ème générations après l’Holocauste et la Seconde guerre mondiale », a-t-il expliqué aux élèves de terminale. « Nous devons maintenant trouver un moyen de vous faire savoir et de faire savoir à vos enfants ce qui s’est passé, et d’empêcher que cela ne se reproduise ».

Le président Steinmeier, qui s’exprime lui aussi mercredi devant les députés, n’a pour sa part pas caché son inquiétude, en particulier face à l’essor des réseaux sociaux et à ses yeux de leur « influence très négative ».

Le président allemand, au rôle honorifique mais qui fait figure de conscience morale nationale, a ainsi confié avoir lu les commentaires négatifs voire haineux sur sa page Facebook consacrée à son discours de Yad Vashem. « C’est inimaginable », a-t-il confié.

Pour M. Steinmeier, « l’information ne suffit pas, il faut qu’elle soit complétée par des expériences telles qu’un voyage en Israël, une visite d’un camp de concentration ».

– Départ « massif » des Juifs? –

L’Allemagne connaît une recrudescence des agressions racistes et antisémites dans le pays, avec notamment une attaque au fusil d’assaut contre une synagogue remplie de fidèles fin 2019 à Halle, où un massacre avait été évité de justesse.

Ils ont ainsi augmenté en 2018 de près de 20% par rapport à 2017, selon les statistiques de la police. La mouvance néonazie est à l’origine d’une bonne partie d’entre eux.

Lundi encore, en pleine commémoration de la libération des camps, un drapeau israélien a été hissé sur une cheminée d’une usine désaffectée à Leipzig, évoquant les cheminées des fours crématoires. La justice envisage d’ouvrir une enquête pour « incitation à la haine raciale ».

Ce regain d’actes antisémites fait craindre au gouvernement un départ « massif » des Juifs d’Allemagne.

Un Juif sur deux a déjà envisagé de quitter le pays, a mis en garde dimanche le ministre des Affaires étrangères, Heiko Maas, précisant que les insultes et attaques antisémites se produisaient quotidiennement en Allemagne.

Ce dossier sera ainsi une priorité de l’Allemagne, qui prend la présidence tournante de l’Union Européenne en juillet et la présidence du Conseil de l’Europe en novembre.

Le gouvernement d’Angela Merkel compte en outre prendre des mesures pour punir plus durement l’antisémitisme.

« Nous portons la responsabilité que tout le monde se sente en sécurité chez nous en Allemagne et en Europe », a prévenu la chancelière Angela Merkel.

Le texte de loi à l’étude devrait comprendre d’autres dispositions comme l’obligation pour les réseaux sociaux de signaler à la police les messages de mort ou une meilleure protection d’élus menacés.

Cette dernière mesure a été décidée après l’assassinat en juin d’un élu local pro-migrants, Walter Lübcke, dont l’auteur présumé est issu de la mouvance néonazie.