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Quelles leçons tirer de la décision de la Cour Suprême du Kenya ?

09-09-2017

A la une du 1er septembre 2017 était la décision de la Cour d’annuler les résultats des élections présidentielles du 08 août 2017 qui avaient proclamé Uhuru Kenyatta vainqueur. « L’élection n›a pas été conduite en accord avec la Constitution. Les illégalités et irrégularités ont affecté l’intégrité du scrutin », a tranché la Cour suprême.

Les membres de la cour suprême du Kenya

Une annonce qui a surpris le pays, le continent africain et la communauté internationale. Même si la Nasa, coalition de l’opposition, avait dénoncé des fraudes et déposé un recours devant la Cour suprême, peu nombreux étaient ceux qui croyaient à une annulation de l’élection.

Les réactions des deux concurrents politiques du Kenya différaient. “La Cour a pris sa décision. Nous la respectons. Nous ne sommes pas d‘accord. Encore une fois, j‘appelle à la paix”, a déclaré Uhuru Kenyatta, candidat de la coalition de la Jubilee. Un discours, certes apaisant, mais qui laissait trahir son for intérieur. Il a annoncé, en effet, ses couleurs en disant qu’il allait s’occuper de la Cour Suprême après les élections comme s’il était sûr de les gagner.

Une menace à peine voilée. “C‘est une journée historique pour le peuple kényan”, a réagi Raila Odinga, le chef de file de la coalition Nasa. “Pour la première fois dans l‘histoire d‘une démocratie africaine, une décision prise par un tribunal a invalidé l’élection frauduleuse d‘un président”. Il a aussi condamné par la même occasion la commission électorale nationale en déclarant qu’il n’avait « plus confiance » en elle.

Quelles leçons tirer de cet événement ?

Uhuru Kenyatta

Un, la démocratie au Kenya, au Burundi et ailleurs en Afrique est encore possible. L’opinion généralement partagée par plus d’un est que l’Afrique n’est pas capable de s’élever pour vivre des principes universels de gestion des sociétés modernes. Dans son analyse dans Le Monde, au lendemain des élections au Gabon, Alfred Bab, sociologue et professeur d’études internationales à l’université américaine de Fairfield, a posé une question provocatrice : Faut-il continuer d’organiser des élections présidentielles en Afrique ?

Pour lui, ne pas le faire, c’est épargner des vies humaines, c’est épargner de l’argent, c’est s’émanciper d’acteurs politiques en manque d’inspiration. « Le gain humain, économique , moral et politique de la non-organisation de présidentielles l’emporte sur le maintien d’un simulacre qui ne vise qu’à satisfaire la communauté internationale. »

La cour suprême du Kenya vient de nous laver de l’opprobre.
Deux, la décision remet en question le rôle des observateurs internationaux. Ils avaient unanimement salué « des élections libres et équitables. »

Certains avaient même parlé du « remarquable exemple de démocratie donné par le Kenya à l’Afrique et au monde». Ils ont été critiqués, à tort ou à raison. Ce qui est sûr, c’est que désormais, leurs déclarations ne seront plus prises pour une vérité de l’évangile.

Trois, l’impact que la Cour pénale internationale pourrait avoir joué dans l’attitude du président Uhuru. Au lieu de s’ériger contre la décision de la Cour Suprême et mettre ses militants dans la rue et provoquer ainsi les troubles sur le plan national, il s’est sûrement rappelé des menaces qui ont pesé sur sa conscience lorsqu’il était convoqué par la CPI. Ainsi le droit a vaincu la rue.

Quatre, la décision donne raison à l’indépendance des pouvoirs. Lors de son passage au Sénégal, le président Obama a déclaré que l’Afrique a plus besoin des institutions fortes que des hommes forts.

Sur le plan continental, la décision de la Cour Suprême du Kenya redore le blason de la Justice en
Afrique en général et au Kenya en particulier.

En effet, la gouvernance en Afrique se déprécie à partir du moment où la Justice supposée être indépendante prête allégeance au Chef de l’Exécutif. D’où une question: Comment amener le corps judiciaire d’un pays à dépendre de lui- même sur le plan financier et sur celui des nominations ?

Sur le plan international, la décision de la Cour Suprême du Kenya n’a pas manqué de créer une onde de choc dans les esprits de ceux-là qui ne rêvent que de rester au pouvoir grâce aux manœuvres électorales.

Il est clair que la question d’indépendance doit s’adresser aussi aux commissions électorales nationales. A l’instar de celle du Kenya, l’IEBC, qui reconnaît avoir décelé quelques «erreurs humaines commises par inadvertance», mais assure les avoir corrigées !