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Pérou: la cheffe de l’opposition Keiko Fujimori retourne en prison

Publié le 29.01.2020 à 04h50 par AFP

La cheffe de l’opposition péruvienne Keiko Fujimori a été arrêtée mardi, la justice ayant ordonné son retour en prison dans l’affaire de corruption Odebrecht, un nouveau coup dur pour le fujimorisme vertement sanctionné aux législatives de dimanche.

« J’impose une détention préventive de 15 mois » à la prévenue, a déclaré le juge Victor Zuñiga, lors d’une audience publique de dix heures, à laquelle Keiko Fujimori s’est rendue au dernier moment.

Mme Fujimori, 44 ans, qui avait été libérée fin novembre après plus d’un an de détention dans le cadre du scandale Odebrecht, a été arrêtée immédiatement après l’audience par la police et placée en détention, pour la nuit de mardi, dans l’enceinte du palais de justice de Lima.

Elle devait être conduite mercredi à la prison pour femmes de Chorrillos, au sud de la capitale.

La décision de la justice péruvienne d’incarcérer à nouveau Mme Fujimori porte un nouveau coup à la principale force politique du pays.

Le fujimorisme (droite populiste) – du nom de l’ancien président Alberto Fujimori (1990 – 2000) et père de Keiko – a en effet subi un gros revers lors des législatives de dimanche qui ont scellé la fin de son hégémonie au Parlement, désormais dominé par les centristes.

Le Parlement unicaméral péruvien avait été dissous en septembre par le président Martin Vizcarra sur fond de scandales de corruption, entraînant ces législatives.

– « Exécution » –

Keiko Fujimori a fustigé la décision du juge, déclarant que « ceci n’est pas de la justice, c’est une exécution », dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux peu après son arrestation.

Son avocate, Giulliana Loza, a annoncé qu’elle avait immédiatement fait appel de la décision de la justice, qu’elle a qualifiée de « manifestation évidente d’aberration juridique ».

« Nous allons recourir à toutes les instances nationales et internationales » pour obtenir la libération de Keiko Fujimori, a-t-elle averti.

« Nous trouverons la justice en Dieu, qui a le dernier mot, qui est le juge suprême numéro un, et nous élèverons notre voix devant la communauté internationale », a déclaré de son côté l’époux de Keiko Fujimori, Mark Vito Villanella.

Le parquet péruvien avait requis 18 mois de détention préventive à l’encontre de Mme Fujimori, craignant notamment sa fuite du pays.

La cheffe de l’opposition fujimoriste est poursuivie dans l’enquête sur le scandale Odebrecht, du nom d’un géant brésilien du bâtiment. Ce dernier a reconnu avoir versé des pots de vins à de nombreux dirigeants politiques latino-américains, dont quatre anciens présidents péruviens.

Alejandro Toledo (2001-2006), Alan Garcia (1985-1990 et 2006-2011), qui s’est suicidé, Ollanta Humala (2011-2016) et Pedro Pablo Kuczynski (2016-2018) ont ainsi été mis en cause pour avoir reçu de l’argent du groupe brésilien qui a reconnu avoir versé 29 millions de dollars de pots-de-vin entre 2005 et 2014.

– « Organisation criminelle » –

Cheffe du parti Fuerza Popular (droite populiste), Mme Fujimori est accusée d’avoir reçu des fonds d’Odebrecht pour sa campagne électorale de 2011.

Après 13 mois de détention, elle avait été remise en liberté en novembre à la suite d’une décision de la Cour constitutionnelle, la plus haute autorité du pays. Mais celle-ci avait toutefois précisé que son arrêt ne concernait pas le fond de l’affaire.

A l’accusation initiale de blanchiment, le parquet a ajouté de nouvelles charges à son encontre, dont l’entrave à la justice, et réclamé son incarcération.

Keiko Fujimori a « formé une organisation criminelle au sein de son parti Fuerza Popular pour obtenir des avoirs illicites », a assuré le procureur anti-corruption José Domingo Pérez, surnommé le « Superprocureur », chargé du dossier Odebrecht.

Selon des informations rapportées par la presse, le parquet a récemment recueilli au Brésil le témoignage d’un ancien cadre d’Odebrecht qui a confirmé une contribution illégale d’un million de dollars à la campagne présidentielle de Keiko Fujimori en 2011.

La cheffe de l’opposition péruvienne, mère de deux filles de 10 et 12 ans, avait annoncé en décembre qu’elle se mettait en retrait de la vie politique.