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EXAMEN DE L’AVANT-PROJET DE LOI SUR LES REFORMES DANS UN CLIMAT TENDU AU TOGO : Les députés entre le marteau du peuple et l’enclume de Faure

Au Togo, la situation sociopolitique reste toujours tendue, au moment où s’ouvre une session extraordinaire pour se pencher sur le projet de loi de réformes constitutionnelles réclamées par l’opposition. A ce sujet, le Conseil des ministres a pondu un avant-projet qui est loin de faire l’unanimité. Et pour cause. L’opposition qui réclame le retour à la Constitution de 1992, trouve que le texte qui doit être soumis à leur examen, a été amputé d’une substance essentielle pendant que la majorité s’y accroche. Mais si l’une et l’autre ont des avis aussi antagoniques, c’est que chacun souhaite qu’en conséquence  la teneur du texte final qui sera adopté, soit en sa faveur. Pour l’opposition, il ne s’agit ni plus ni moins que d’obtenir l’éviction du chef de l’Etat des futures joutes électorales. Du côté de la majorité, l’on ne l’entend pas de cette oreille.

Le problème du Togo aujourd’hui, c’est son président

Pendant ce temps, la rue gronde et Faure reste muet. De ce mutisme devenu caractéristique de ces chefs d’Etat africains entrés en délicatesse avec leur peuple,  mais qui rechignent encore et toujours à passer la main. Aujourd’hui, le problème du président Faure Gnassingbé avec son peuple, se résume plus à un problème de légitimité que de légalité. Car, de quelle légitimité peut se targuer un président quand son peuple est pendant plusieurs semaines dans la rue, suant sang et eau, pour demander son départ ? Aucune. Et en pareilles circonstances, les vrais hommes d’Etat en tireraient toutes les conséquences pour savoir entrer dans l’histoire. Mais au Togo, il ne faut certainement pas s’attendre à un tel scénario.  Le plus triste est que la tragédie que vit ce pays aujourd’hui, ne tient en fait qu’au sort d’un seul individu : Faure Gnassingbé. En d’autres termes, le problème du Togo aujourd’hui, c’est son président. Ce président qui prétend aimer son peuple et dit être là pour lui, mais qui n’entend pas ses suppliques. En tout cas, cette session extraordinaire de l’Assemblée nationale qui décuple les passions et cristallise les attentions au-delà même du pays, aurait été une de ces banales sessions routinières qui passent généralement inaperçues si l’opposition ne s’était pas mise vent debout pour exiger des réformes politiques. Cela dit, il revient au président Faure de savoir tendre une oreille attentive à tous ceux-là qui, à l’image de l’ancien président nigérian, Olusegun Obansanjo,  lui conseillent de savoir quitter les choses à temps. Il lui appartient surtout de ne pas faire de la fixation sur la question de la rétroactivité au point de courir le risque de subir le même triste sort que son ancien mentor Blaise Compaoré. Cela dit, la balle est dans le camp des députés. Le sort de la nation togolaise est entre leurs mains, la clé de la paix aussi.  C’est pourquoi ils doivent savoir se hisser à la hauteur de l’Histoire. Sauront-ils le faire ? L’on attend de voir. Mais d’ores et déjà, de la façon dont les choses sont engagées, il y a lieu de croire qu’il ne sera pas simple de dégager un consensus, tant les positions sont tranchées et les avis diamétralement opposés. Ainsi donc, l’on est porté à croire que ce projet de loi risque d’être comme un punching ball que se renverront les deux parties.

Si les députés ne prennent pas leurs responsabilités, le peuple risque de prendre les siennes

Entre volonté de satisfaire un peuple blasé, désabusé, lassé de son président et qui cherche à s’en débarrasser, et celle de défendre les intérêts d’un prince qui n’a d’autres préoccupations que de se maintenir au pouvoir, la marge de manœuvre des députés togolais semble bien mince. Si fait qu’il y a des raisons de nourrir des craintes pour la paix au Togo. Cette paix qui semble plus que jamais tenir à un fil ténu cousu de trois petits mots : « en aucun cas…». C’est dire si les élus nationaux sont pris entre le marteau du peuple et l’enclume du président Faure. Qui satisfaire ? En tout état de cause, le Togo, toutes proportions gardées, est bien parti pour plonger dans l’une des plus graves crises de son histoire. Et bien malin qui saurait en prédire l’issue. Et la question que l’on pourrait se poser est de savoir si de l’hémicycle, le débat ne finira pas dans la rue. Du reste, l’opposition qui avait appelé à un meeting aujourd’hui, a battu en retraite, histoire, dit-elle, de mieux mobiliser ses militants pour une grande démonstration de force. En effet, si la stratégie du pouvoir est de jouer la montre pour avoir l’opposition à l’usure en tablant sur un éventuel essoufflement du mouvement de contestation, il reste qu’une telle stratégie n’est pas sans danger d’autant qu’elle pourrait tout aussi bien conduire à une précipitation des événements pour un dénouement plus rapide. Car, dans cette affaire, l’opposition et ses nombreux militants semblent jouer leur va-tout. Et tout porte à croire qu’ils sont dans la logique du « ça passe ou ça casse ». C’est pourquoi l’on est fondé à croire que si les députés ne prennent pas leurs responsabilités, le peuple risque de prendre les siennes. Et l’issue de ce bras de fer risque fort de se jouer au rapport de forces. En tout état de cause, les lois ne sont pas faites pour les animaux, mais pour les hommes. Et il ne sert à rien de se dire du bon côté du droit, si c’est pour être pris entre les mailles du peuple qui est censé être le bénéficiaire de cette même loi.

« Le Pays »