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Et si le gouvernement avait coopéré ?

08-09-2017

Une Commission d’enquête de l’ONU sur les crimes commis au Burundi a rendu son rapport lundi 4 septembre.

Léandre Sikuyavuga

Son synopsis fait froid dans le dos: « La Commission a des motifs raisonnables de croire que des crimes contre l’humanité ont été commis depuis avril 2015 au Burundi. »

Mieux : elle affirme qu’elle est en mesure de confirmer la persistance d’exécutions extrajudiciaires, d’arrestations et de détentions arbitraires, de disparitions forcées, de tortures et traitements cruels, inhumains ou dégradants, et de violences sexuelles depuis avril 2015 au Burundi. Des institutions de la République sont pointées du doigt. « La plupart de ces violations ont été commises par des membres du service national de renseignement, de la police, de l’armée… » Certains hauts responsables du pays sont mis en cause. Ainsi, elle exhorte la Cour pénale internationale à ouvrir dans les plus brefs délais une enquête sur le Burundi.

Des polémiques fusent. Le débat est houleux. Le gouvernement burundais a dénoncé un complot occidental qui « restera sans effet. » Par contre, l’opposition et la société civile en exil saluent les conclusions : «C’est une nouvelle ère d’espoir qui s’ouvre pour mettre fin à l’impunité des crimes commis depuis avril 2015 ». Aussi, réclament-elles l’ouverture de l’enquête sur le Burundi sans délais. « Il faut que le rapport soit suivi d’actions concrètes et que les responsables des crimes soient punis. »

Les accusations sont graves. Surtout que, selon la Commission, ces «crimes contre l’humanité» sont commis avec l’assentiment de «responsables au plus haut sommet de l’État». Certains observateurs estiment que le rapport paraît biaisé car il est muet surtout quant à la responsabilité des groupes armés. Pour le chef de la Commission d’enquête, ils n’ont pas pu avoir accès au territoire burundais. Par ailleurs, il précise qu’ils ont demandé, en vain, au gouvernement burundais de leur fournir des informations sur les atteintes aux droits de l’Homme dont auraient été victimes certains agents de l’Etat.

« Uwuhana umurozi amubitsa umwana », dit un adage burundais. Traduction libre : « Qui veut tenter un sorcier lui confie son enfant. » Question : En serait-on arrivé là si le gouvernement burundais avait coopéré ?