Main Menu

Edito: Talon, tel Sankara ?

Du petit-lait, à consommer sans modération. Un pur nectar ! En tout cas, de quoi estomaquer tous ceux qui sont convaincus de ce que le colon d’hier, bref, le yovo (sous entendu le Blanc, les pays occidentaux par extension) constitue aujourd’hui encore la source du mal africain. Et que les gouvernants africains sont des pantins, manipulés selon le bon vouloir des pays du Nord. La dernière livraison de L’émission d’Afrique d’Alain Foka sur Rfi, renseigne à foison là-dessus, car à en croire le panel d’experts réunis, la bonne vieille politique à papa, celle des barbouzes et des réseaux africains, est bien révolue. Fini le temps où Paris, quelque autre métropole occidentale, avait main-mise absolue sur les présidents africains, soutiennent ces experts de la question.

Preuve de cette indépendance retrouvée, en effet, la tonalité du discours prononcé par le président de la République la semaine dernière en Norvège devant différents officiels. Sans idéologie, sans se revendiquer ni de Lumumba ni de Sankara, il a pu dire, en toute cordialité, des choses que l’ensemble de ses pairs devrait oser désormais. « J’ai dit au Premier ministre…que je ne suis venu demander ni de l’aide au développement ni un accompagnement particulier». Mais que fait-on, sinon la manche, du ‘’laalaa! soumi ! laïlaï !’’ (Demander la charité) quand on est dirigeant africain en voyage en Europe, aux Etats-Unis ou…en Asie? On demande, c’est connu, de l’aide. C’est presque un devoir de le faire. Autrement, le soleil ne se lève plus à l’Est. Mais le N°1 béninois, lui, s’est permis, droit dans ses bottes, de dire : « Je suis venu demander au gouvernement norvégien un peu d’attention, d’observer le Bénin, de constater combien ce pays est en train de changer…Et une fois que les uns et les autres auraient constaté que ce pays en matière de gouvernance, de transparence, de sérieux, d’ordre, d’assainissement de la justice, de la santé, une fois que cette perception serait nouvelle, je viendrai leur demander ce dont j’ai besoin…». Cette expression, fière, du président de la République, n’est pas sans rappeler un slogan sankariste qui exhorte les Africains à ne compter que sur leurs propres forces…Il faut avoir la témérité et la finesse qui font le trait de caractère de Patrice Talon pour adopter une telle position, avec la batterie de chantiers inscrits au Programme d’actions du gouvernement…Et un pays debout et pressé de voir les infrastructures sortir de terre comme des champignons ! Quelqu’un d’autre, à sa place, se serait couché pour avoir l’obole. L’aide, en général conditionnée par le donneur, l’est pour une fois par le demandeur, qui se permet le luxe de choisir son moment : le monde à l’envers ? Non ! Du Patrice Talon pur jus. Tout en clamant son patriotisme, de voir son président porter si fièrement le drapeau national, on résiste à peine de dire, non sans jubilation : « Il est gonflé tout de même le prégo! ». La chose est peu commune, car la coutume reste, pour les chefs d’Etat africains, de cirer les bottes à leurs homologues des autres continents, sur fond de discours misérabiliste, réducteur, mettant en exergue la pauvreté de son pays et soulignant combien l’aide dite au développement est précieuse, indispensable pour la survie des « pauvres populations », etc. Le président Patrice Talon, lui, préconise une toute autre approche : « Il est impératif pour nous de nous révéler autrement à nous-mêmes puis de révéler autrement nos pays aux autres », indique-t-il, renseignant encore à l’occasion sur le sens et la portée de son programme ‘’Bénin révélé’’, une vision au-delà d’un simple leitmotiv. D’ailleurs, le président Talon s’est fait sa religion sur le développement en Afrique, qui peut bien se passer de l’aide dite au développement, plus coûteuse en réalité qu’elle ne le laisse entrevoir. En vérité, les appendices et les accessoires qui accompagnent l’aide font plus de tort que de bien, en tout cas contribuent si peu à l’objet. L’investissement privé « génère plus de résultats», tranche-t-il.