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Abou Bamba, secrétaire exécutif de la Convention d'Abidjan: Des menaces des plateformes pétrolifères sur l'économie

En marge des travaux de l’atelier sur l’opérationnalisation du plan d’urgence de déversements accidentels d’hydrocarbures en mer au Bénin, le secrétaire exécutif de la Convention des Nations Unies sur les écosystèmes marins et côtiers des pays de l’Afrique de l’Ouest, du Centre et du Sud a expliqué le processus. Se basant sur le cas des plateformes de Sèmè-Podji, Abou Bamba est aussi revenu sur les risques et a invité les autorités à prévoir dans les contrats d’exploitation et d’exploration pétrolifères offshore, le budget et les dispositions pour faire face à leur démantèlement à la fin des activités.

La Nation : Quelle est la situation actuelle au niveau des plateformes pétrolifères de Sèmè-Podji ?

Abou Bamba : La situation de la plateforme au niveau de Sèmè-Podji est la même, elle n’a pas fondamentalement changé. Les infrastructures sont dans un état de précarité sous l’effet de la rouille. On peut dire que le matériel est en tout cas assez déprécié. La mission d’évaluation nous a permis de constater que pour certaines plateformes, les puits n’ont pas totalement été bouchés, qu’il existe encore du brut dans les canalisations. Ça, c’est la mauvaise nouvelle.
La bonne nouvelle, c’est que le gouvernement a pris les mesures en demandant l’expertise étrangère pour voir dans quelle mesure, on pourrait démanteler ou atténuer les effets si éventuellement il devrait y avoir pollution. C’est la situation actuelle. A notre connaissance, il n’y a pas encore pollution. Comme je vous le disais, on a constaté qu’il y avait encore une activité dans les puits, qu’il y avait encore du brut mais on n’est pas encore arrivé à une situation où le brut est sorti du puits afin de polluer la colonne d’eau.
Abou Bamba, secrétaire exécutif de la Convention d’Abidjan
Des menaces des plateformes pétrolifères sur l’économie

A quels risques les pays du Littoral pourraient-ils être exposés ?

Effectivement, il y a plusieurs risques. Le premier risque, pas par ordre d’importance, c’est celui lié à la navigation. Les plateformes telles qu’elles sont positionnées sont sur le chemin des navires. Donc, il n’y a pas forcément la signalisation pour éviter les collisions entre les navires et celles-ci. Ensuite, le deuxième risque, c’est le déversement de brut dans la colonne d’eau et selon nos calculs, on pense qu’en moins d’une heure, s’il y a un déversement accidentel d’hydrocarbure, la nappe peut se retrouver sur les côtes béninoises, notamment dans la région de Porto-Novo. Comme impacts, cela peut affecter le Littoral, la plage là où les touristes vont se baigner, la qualité de l’eau, la végétation, en tout cas l’ensemble des activités socio-économiques qui se déroulent sur le Littoral du Bénin qui, il ne faut pas l’oublier, fournissent quand même plus de 70 % du Pib béninois. En fait, le poumon économique du Bénin se retrouve ici. Donc, les impacts ne sont pas seulement écologiques, ils sont également socio-économiques. C’est ce qui est le plus inquiétant.

Face à la situation, que faire ?

Nous avons proposé au gouvernement trois ou quatre options. L’une d’entre elles consiste à démanteler totalement les plateformes qui ne sont plus actives et qui sont dans un état de dégradation avancé. L’autre option, c’est d’obstruer les têtes de puits afin de faire en sorte que le brut ne fuite pas des puits. De même, une autre option consiste à pomper dans les canalisations parce que les opérateurs avaient installé des plateformes mais aussi des pipelines pour relier le champ à la terre ferme. Ainsi, il existe encore du pétrole dans ces tuyaux et il faut purger tous les tuyaux et les vider de telle sorte qu’il n’y ait pas de fuite qui se déverse dans l’océan. Pour y faire face, c’est des dépenses énormes et l’on pourrait parler de plusieurs centaines de millions de dollars et le Bénin seul en tout cas ne pourra pas supporter la charge. C’est pour cela que la Banque mondiale, le gouvernement de la Norvège, les États-Unis, le Programme des Nations Unies pour l’Environnement, tous, nous sommes ici aux côtés du gouvernement du Bénin afin de trouver la solution la plus efficace et la moins chère pour prévenir ce risque, pour réduire la probabilité que ce danger se produise. Nous sommes venus au Bénin parce que, si l’on ne peut pas exclure totalement le risque, il faudrait qu’on soit prêt à y faire face si jamais ça devait se produire. Nous sommes là aujourd’hui pour former les uns et les autres, les officiers de la Marine nationale, la Marine marchande du ministère en charge de l’Environnement, en tout cas tous les acteurs impliqués, pour que si jamais le risque se produit, les gens soient prêts, pour que les équipements soient disponibles pour y faire face et pour que cette pollution n’affecte durablement les côtes du Bénin.

Quand comptez-vous démarrer le processus ?

Le processus a déjà démarré avec cette formation. On a déjà eu deux missions au Bénin. Après la formation en cours, dans quelques semaines ou mois, on va encore évaluer dans les détails les montants en jeu pour qu’effectivement soit fermée la tête du puits, et que soient démantelées totalement les quatre plateformes. De même, il s’agit de voir dans quelle mesure les partenaires du Bénin peuvent se prononcer pour lui venir en aide pour démanteler les plateformes si c’est cette option qui aura été retenue.
Quelles sont les étapes pour y aboutir ?

Le processus de démantèlement a déjà commencé parce qu’avant de démanteler, il faut faire des études préalables et c’est à ce niveau que nous sommes maintenant. Concernant le démantèlement physique, je le répète, si c’est la décision qui est prise à la fin du processus préparatoire, il coûtera plus de cent millions de dollars américains au Bénin. Mais nous n’en sommes pas encore là. Si tant est que c’est la décision qui est prise par le gouvernement et les bailleurs de fonds, et que les ressources financières et techniques sont disponibles, le démantèlement peut commencer dans les semaines après que la décision aura été prise.

Que pourriez-vous dire pour conclure ?

Le Bénin n’est pas seul dans cette situation. Il existe au niveau du golfe de Guinée plusieurs plateformes abandonnées et l’appel que nous lançons aux autorités, c’est de prévoir dans les contrats le budget et les dispositions pour faire face au démantèlement de ces infrastructures-là, lorsqu’elles octroient des permis d’exploitation et d’exploration pétrolière Offshore. Parce que ça pèse sur les budgets des Etats. Cent millions de dollars, vous vous rendez compte du nombre d’écoles, d’hôpitaux, de kilomètres de route, que cela pourrait construire pour le Bénin ? Donc, c’est cet appel-là qu’on aimerait lancer aux Etats. Qu’ils s’assurent qu’il y a dans les contrats des clauses et des ressources financières pour démanteler les infrastructures une fois l’activité pétrolière est terminée.